..............TONY DELSHAM
En fait, j’ai toujours su que je serais écrivain, je n’avais pas le choix, j’avais promis à ma mère qu’un jour, je raconterais sa vie »
C’est l’aveu que fait volontiers Tony Delsham quand on l’interroge sur l’origine de cette passion d’écrire. Né le 4 février 1946, à Fort-de-France, juste au lendemain de la dernière guerre il appartient à une famille de seize enfants. Il effectue sa scolarité, primaire et secondaire, au Lycée Schœlcher et est encore sur les bancs du lycée, lorsqu’il se lance dans la production de spectacles. Il est âgé de quinze ans et c’est le plus jeune organisateur de spectacles publics des Antilles. En effet, chaque jeudi, il produisait « Les Infidel’S », groupe rock et twist de l’époque Yéyé, composé de lycéens de treize et quinze ans. C’est bien des centaines de jeunes qu’il devait gérer chaque semaine.
Les études secondaires terminées, à l’image de son père, il songe à une carrière militaire mais abandonne très vite cette idée après son passage au 40e Régiment d’Artillerie basé à Chalons -sur- Marne. À la même époque, il collabore à différents périodiquesrégionnaux et s’intéresse au mécanisme de la presse et de l’édition.
En 1970, de retour à la Martinique, Tony Delsham est atterré par deux évidences qui lui avaient échappé jusqu’alors :
L’indigence d’une presse dominée par la Radio Télévision Française et par France-Antilles, quotidien du groupe Hersant. Face à ces deux puissants groupes, les journaux de partis politiques notamment ""Justice "et "le Progressiste" réagissaient très vivement contre ce qu’ils estimaient être une volonté d’aliénation du peuple martiniquais par l’autorité de tutelle. La radio et la télévision ne réalisant aucune production locale, diffusaient des informations en provenance de France. Les journalistes, en réalité, étaient des lecteurs de dépêches, tandis que le quotidien traitait les chiens écrasés.
L'absence totale de livres écrits par des auteurs antillais : Aimé Césaire, Frantz Fanon, Joseph Zobel, Edouard Glissant, écrivains d'après guerre, étaient introuvables, de même que ceux d'avant guerre..
Delsham décide alors de créer ses propres structures d’édition afin de présenter un visage plus vrai de la Martinique et, selon sa formule, « tenter de reconstituer un miroir brisé ». L’ouverture de la Radio et la Télévision d’État, quant au traitement de l’information fut accompagnée d’une politique d’embauche de journalistes martiniquais, mais il demeure indifférent et édite ses propres journaux avec comme objectif affirmé : parler au plus grand nombre. Une étude de marché auprès des distributeurs de l’époque démontrait que le plus gros véhicule répondant à cette exigence était le roman-photo, suivi de la bande dessinée.
L’offset n’existant pas aux Antilles, il choisit la B.D. Dans le même temps, il lance en 1972 un hebdomadaire d’information générale : Martinique Hebdo. Il demande à Pierre Lucette, célèbre professeur de musique connu par plusieurs générations d’élèves du Lycée Schoelcher, d’assurer la rédaction en chef. Le curé de la commune du Carbet possédant une imprimerie performante, l’aventure démarre. Pour la première fois un journal ne parlait pas de chiens écrasés, ni n’émettait de convictions politiques. C’était un magazine d’information. Pour la première fois, également, un journal publiait des photos de manifestants dans les rues et notamment des photos de grenades lacrymogène éclatées. Une vraie révolution qui valut au directeur de la publication et au rédacteur en chef, l’attention des services de la Préfecture. M.G.G, première bande dessinée des Antilles- Guyane, dans sa partie magazine, donnait la parole aux élus de gauche. C’était une première. Et, enfin, il édite également Colik Blag Bo kaye, un mensuel satyrique. Mais les membres de l’équipe de dessinateurs sont très jeunes et doivent poursuivre leurs études et quittent la Martinique.
En 1975, c’est la fusion avec Le Naïf, hebdomadaire composé par une équipe animée des mêmes intentions. Le Naïf bouscule les mentalités. Petit à petit, cernée par les sommations martiniquaises et surtout talonnée par la concurrence désormais possible grâce à la libération des ondes, dès le début des années 1980 sous le gouvernement socialiste, la Radio Télévision d’État est acculée à jouer son rôle d’informateur. C’est aussi l’époque où, de plus en plus, l’édition française s’intéresse aux écrits antillais. Mais Tony Delsham ne modifie pas son attitude. Encore aujourd’hui, il ne collabore qu’avec des organes de presse dont les racines sont martiniquaises, pour l’heure Antilla et Kanal Télévision Martinique.
Les thèmes traités par l’écrivain sont toujours puisés dans "les bobos" des Antilles. Il affirme prendre ses distances par rapport à la littérature de la dénonciation : « je n’ai de facture à présenter à quiconque, dit-il, je ne me bats pas au nom de mes ancêtres esclaves mais bien au nom du présent et du futur de nos enfants ». Alors c’est sans complaisance mais avec une sereine distance qu’il explore : les rapports conflictuels des descendants d’esclaves et des descendants d’esclavagistes, les rapports hommes- femmes, l’émigration organisée par Paris, la toxicomanie, la sexualité etc… L’œuvre de Tony Delsham a été mise en scène en Martinique et à l’étranger, portée à l’écran, petit et grand. Depuis une dizaine d’années il est rédacteur en chef de l’hebdomadaire Antilla et, depuis 2001, participe régulièrement à l’émission « Dialogue avec la presse » de Kanal Martinique Télévision. Personnalité très médiatique, Tony Delsham, auteur de plus d’une vingtaine de romans, est l’écrivain le plus lu des Antilles.
..............EDOUARD GLISSANT
Titulaire d’un Doctorat ès lettres, il publie ses premiers ouvrages après des études en ethnographie au Musée de l'Homme, d’histoire et de philosophie à la Sorbonne. Au départ adhérant aux thèses de la Négritude, il élabore par la suite le concept d’antillanité et de créolisation ou parfois même de créolitude. Alors proche des thèses de Frantz Fanon, Il fonde , accompagné de Paul Niger, en 1961 le Front antillo-guyanais d'obédience indépendantiste, puis autonomiste, ce qui lui vaut une interdiction de séjour de 1959 à 1965 sur son île natale pour séparatisme. Il est signataire du manifeste des 121 en 1960. Certains de ses ouvrages, tel le Discours Antillais restent très marqué par son engagement anticolonialiste. Il revient en Martinique en 1965 et y fonde l’Institut martiniquais d'études, ainsi qu’Acoma, un périodique en sciences humaines. Remarqué pour son travail, il devient de 1982 à 1988, le directeur du courrier de l'UNESCO. Il vit actuellement à New York où, depuis 1995, il est « Distinguished Professor » en littérature française, à la City University of New York.
Ses réflexions sur l’identité antillaise ont inspiré une génération de jeunes écrivains antillais autour des concepts de créolisation et d'antillanité, dont Patrick Chamoiseau, Ernest Pépin ou encore Raphaël Confiant. Cette antillanité serait fondée sur la notion d'identité multiple, ou d'identité rhizome, ouverte sur le monde et la mise en relation des cultures. Face au mode binaire des discours de la négritude (déployé par Aimé Césaire en Martinique, par Léon Gontran Damas en Guyane, par Guy Tirolien en Guadeloupe) et de l'assimilation, il définit bon gré mal gré une troisième voie. Ecrivain militant, il cherche à définir une approche poétique et identitaire pour la survie des peuples au sein de la mondialisation à travers le concept de mondialité.
Son influence sur la politique martiniquaise reste certaine notamment dans les milieux indépendantistes ou écologistes.
En janvier 2006, Édouard Glissant s'est vu confier par le président Jacques Chirac la présidence d'une mission en vue de la création d’un Centre national consacré à la traite et à l’esclavage.
En 2007, il crée l'institut du tout-monde.
Bibliographie [modifier] Un champ d’îles, poème La Terre inquiète, poème Les Indes, poème La Terre inquiète', poésie, 1955 La Lézarde, roman, 1958, prix Renaudot Le sel noir, poésie, 1960 Monsieur Toussaint, théâtre, 1961 Le Quatrième Siècle, roman, 1964 Un champ d’îles, La Terre inquiète, Les Indes, poésie, 1965 Le discours antillais, essais, 1981 La case du commandeur, roman, 1981 Pays rêvé, pays réel, poésie, 1985 Poétique de la Relation, essais, 1990 Tout-Monde, essais, 1993 Faulkner, Mississippi, Stock, Paris, 1996, rééd. Gallimard, "Folio essais", Paris, 1998, 368 p. (ISBN 2-07-032981-X) Traité du Tout-Monde, essais, 1997 Mahagony, roman, 1997 Malemort, roman, 1997 Le quatrième siècle, roman, 1997 Sartorius..., roman, 1999 Le monde incréé, poésie, 2000 Ormérod, roman, 2003 La cohée du lamentin, essais 2004 Une Nouvelle région du monde. Esthétique
« Le poète achemine la connaissance du monde dans son épaisseur et sa durée, l'envers lumineux de
l'histoire qui a l'homme pour seul témoin. »
Qu'on l'associe à une figure tutélaire ou au maëlstrom actif d'une pensée vivante et toujours en mutation, le nom de Glissant est régulièrement célébré dans le monde depuis bien des années, et son oeuvre de mieux en mieux connue. Découvrez ici le site Internet officiel de l'écrivain martiniquais, penseur du tout-monde et arpenteur des archipels : biographie, présentation détaillée de l'œuvre, actualités éditoriale et événementielle, diffusion de la recherche, repères bibliographiques, divers documents multimédias et sélection de liens Internet. De la source au delta, les itinéraires d'un contemporain capital.
« Les pays que j’habite s’étoilent en archipels. Ils racontent les temps de leurs éclatements. Quand nous rencontrons un morceau impénétrable de temps, une roche incassable, ce qu’aussi nous appelons un bi, nous voici devant ce bi de temps, nous n’en sommes pas désenvironnés, nous faisons le tour de cette obscurité, nous piétons dans la moindre ravine ou le plus petit cap, jusqu’à entrer dans la chose. L’éclat des temps tout comme les éclats du temps n’égarent pas, dans nos pays »
..............PATRICK CHAMOISEAU
Son œuvre dépeint les traits de la culture populaire martiniquaise, celle des petites gens et de leurs combats. Chronique des Sept misères évoque le triste destin des djobeurs, hommes à tout faire sur les marchés de Fort-de-France, dont la présence se fit de plus en plus rare avec la perte d'influence de ces mêmes marchés. Cet ouvrage déplore la disparition d'une créativité qui alimentait l'identité créole. Il dénonce avec chronique des sept misères l'acculturation du peuple martiniquais, largement du à la départementalisation.
Texaco explore l'histoire moderne de la Martinique. Ce roman revisite, d'une manière originale et rafraichissante, l'épopée du petit peuple martiniquais à travers le récit du combat des habitants d'un bidonville des hauteurs de Fort-de-France et du combat pour la sauvegarde de certains modes de vie authentiquement créoles.
Texaco est reconnu comme l'une des œuvres antillaises majeures de la fin du XXe siècle.
Cherchant à restituer les saveurs et les douleurs de l'existence caribéenne, l'auteur préfère cependant l'évocation du passé au détriment d'une trame se déroulant à une époque contemporaine.
Chamoiseau interroge également les formes d'expression créole. Prenant acte de l'existence d'une culture créole essentiellement travaillée par l'oralité, il envisage le développement d'une littérature orale pour laquelle l'écrivain, héritant des tournures orales et des conteurs créoles, aurait pour rôle de s'ériger en "marqueur de paroles".
Il évoque sa démarche littéraire et son itinéraire artistique dans un essai récent. (cf. Ecrire en pays dominé).
Écrire l'enfance créole [modifier]
Dans une trilogie récemment achevée, il évoque son enfance: Antan d'enfance (1990), Chemin d'école (1994) et À bout d'enfance (2005).
Défense de la créolité [modifier]
Il participe également à la création du manifeste de la créolité avec Jean Bernabé et Raphaël Confiant.
Ce courant aura un très grand retentissement, d'abord dans les milieux littéraires antillais (on peut évoquer ici le relatif ralliement d'auteurs tels que le Guadeloupéen Ernest Pépin, ou encore l'intérêt que porte l'Haïtien René Depestre, pour le courant).
Par ailleurs, Chamoiseau prête son talent au cinéma en écrivant les scénarios de l'Exil du roi Behanzin (1994), Passage du milieu (2000) et Biguine (2004) (tous trois réalisés par Guy Deslauriers). En 2007 il écrit le scénario d'un nouveau film qui retrace la vie du journaliste André Aliker (qui fut assassiné alors qu'il s'apprêtait à dévoiler une affaire compromettante entre békés).
Ami d'Édouard Glissant, il cherche à développer avec celui-ci le concept de mondialité, en vue de traduire, sur le point de vue politique et poétique, une nouvelle conception du monde qui serait fondée sur l'ouverture des cultures, la protection des imaginaires des peuples, lesquels disparaissent lentement sous l'action de l'uniformisation du monde provoqué par la mondialisation.
Bibliographie [modifier] Manman Dlo contre la fée Carabosse, théâtre, 1982 Chronique des sept misères, roman, 1986 Solibo magnifique, roman, 1988 Éloge de la créolité, essai, 1989 (avec Jean Bernabé et Raphaël Confiant) Une Enfance créole 1, Antan d'enfance, autobiographie, 1993, Prix Carbet Lettres créoles: tracées antillaises et continentales de la littérature (1635-1975), essai, 1991 (avec Raphaël Confiant) Texaco, roman, 1992, Prix Goncourt Martinique, essai, 1994 (avec V. Renaudeau) Guyane : Traces-Mémoires du bagne, essai, 1994 Une enfance créole 2, Chemin d'école, autobiographie, 1994 Écrire en pays dominé, essai, 1997 L'Esclave vieil homme et le molosse, conte, 1997 Elmire des sept bonheurs : confidences d'un vieux travailleur de la distillerie Saint-Etienne, essai, 1998 Biblique des derniers gestes, roman, 2002, Prix Spécial du Jury RFO Une enfance créole 3, À bout d'enfance, autobiographie, 2005 |